Olivier Laban-Mattei / Tristan Lefilleul
A lire à la page 'Articles', le reportage sur la mine d'or d'Uyunga :Welcome to Minegolia !Adyasurem est venu rendre visite à sa mère Jaralsaihan, sa femme Odgerel et ses deux fillettes. Ce grand gaillard de 37 ans, ancien lutteur - comme la plupart des hommes du pays - désormais bedonnant et aujourd’hui chauffeur de camion pour une mine de Selenge, à 700 kms au Nord-Est, n'a pas eu d'autres choix que d'accepter ce travail et donc de vivre loin des siens. Il essaye de revenir aussi souvent qu’il le peut dans sa région natale pour dispenser l'amour nécessaire à la bonne tenue de son foyer. L'homme n'a pas la langue dans sa poche. Ni le sourire avare. Chacune de ses visites est une occasion de fête. La semaine est courte, il veut en profiter. Torse nu la majorité du temps, il aime boire et se battre pour le plaisir, malgré sa bonhomie. Dans la yourte principale, il s’amuse d’un cabri qui vient renifler non sans une certaine curiosité la tête de sa mère fraîchement coupée pour le dîner. Dehors, les enfants courent après la moto chinoise de leur oncle hilare, relooké guévartiste sur le tard, brinquebalant son engin sur le terrain accidenté, évitant de justesse bétail, yourtes, antenne parabolique et grand-mères, sur fond de musique mongole 'kitscho-pop’ crachée à tue-tête des hauts parleurs bricolés par ses soins. Bienvenus dans les Balkans mongols ! En retrait, des jeunes cognent des boules sur un vieux billard planté en plein cœur de nulle part. Encore plus loin, un enfant d'à peine un an est assis au milieu des yaks débonnaires, sur un tapis décoloré par le soleil, attendant sagement qu'on pense à lui. Adyasurem parle fort, rit fort, réagit systématiquement à hue et à dia, avec une merveilleuse gestuelle dramatique. Un vrai ténor sur scène. Le centre de toutes les attentions. Son public est tout acquis, il le sait et s'en amuse. Les blagues fusent en agitato, en allegro puis en forte. L'opéra est parfaitement réglé, comme dans une représentation millimétrée de Toni Amato. La vie est partout, à l’état pur, la joie sur chaque visage. Ici, le bonheur se déguste sans condiment. Une certaine insouciance plane au-dessus de toutes ces jolies têtes brunes. Ce midi, les hommes préparent le horhog sur la pelouse, sorte de barbecue à la mongole, dans une grande marmite fermée où l'on fait fumer la viande au milieu des pierres réfractaires... Un vrai rituel. Et le plaisir en plus de le partager cette fois avec des étrangers... Les derniers hivers rigoureux et les étés secs ont décimé bon nombre de troupeaux dans tout le pays, amenant les éleveurs malchanceux à arrêter leur activité et partir s’installer en ville. Conséquence directe de cette tragédie, la viande s’est raréfiée sur les étales des marchés et son prix de vente a logiquement augmenté, à la joie des autres éleveurs. Dans les campagnes, les mongols n’ont pas modifié complètement leurs habitudes alimentaires et continuent de consommer beaucoup de viande. L’augmentation des prix est donc une aubaine pour ces nomades qui, du coup, peuvent remplir leur bas de laine et se prémunir ainsi d’autres catastrophes de ce genre. Le malheur des uns fait souvent le bonheur des autres... Suite du reportage dans la rubrique 'Articles' |
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